samedi 27 novembre 2021

Elle aime fermer les yeux face au soleil.

Elle dit ma fille est un volcan. Elle imagine une robe de lave célébrant sa beauté.

Elle étreint son père quand elle le quitte. Elle se dit il est vivant. 

Toujours dans le bonheur, la fugacité la déchire.

Elle se souvient de la douceur des joues de sa mère.

Elle fait sa Fanny Ardant sous la douche. L'eau brûlante est comme une maison qui répare.

Elle achète des bagues. Elle les perd.

Elle fourre dans la poche arrière de son jean tickets de caisse et monnaie. Le soir quand elle se déshabille, les pièces tombent et parfois roulent sous le lit.

Le matin elle boit du thé.Vert et chaud.

Elle dit quand on a mal on est vivant. Elle est vivante. Elle déplie ce qui est coincé.

Elle relève ses cheveux en chignon comme pour les attacher. Elle ne les attache pas.

Un jour dans le métro, elle a croisé un jeune homme aux yeux gris. Elle a gardé le souvenir de sa beauté, de ce que ça a traversé en elle. Il était blond. Elle n'aime que les hommes bruns.

Elle sait que les lumières la nuit forment des pompons, s'entrelacent. Elle dit c’est un tableau de Miro.

Elle crie quand elle rentre dans la mer.

Elle sait que l'amour est jaune, qu'il mange le ventre.

Elle construit des petits livres, bruts, poétiques. Elle les range dans sa bibliothèque.



 

Je vais te dire où vont les mots pour que tu saches. Pour que tu cesses. Pour que les empreintes n’empreintent plus. Je vais te dire où ils vont quand ils restent. Je vais te le dire. Pour que tu sois inconsolable. Pour que mes clientes cessent de tout laisser ici. Leur fracas, leurs débris de vie, leurs cheveux, leurs pertes de mémoire – j’ai oublié mon rendez-vous – leurs enfants qui s’en vont, les appartements trop chers qu’elles ont visités, leurs chiens malades. Comment elles sont charrette. Je vais te dire où vont les mots quand ils restent. Parce qu’ils restent, qu’ils s’incrustent. Parce que ce salon en est plein. Parce que je ne veux plus les entendre. Jamais. Parce que je veux juste regarder passer cette femme en talonnettes et veste de costume comme on regarderait un train .Parce que ton père ne parle pas, parce qu’il ne dit jamais rien. Parce que ton frère n’a pas de nom, parce qu’il pourrait ne pas en avoir ou si peu. Parce que toi tu as trop de questions ouvertes, grandes ouvertes. Alors que le monde est petit. Je vais te dire où vont les mots, aux chiottes, à la mer. On ne les revoit plus, on ne les réentend plus et on pleure. On pleure parce qu’il n’y a plus de mots. On pleure à sec même. On pleure de nos yeux secs. On enterre tout ce qu’il y a à enterrer. On est joyeux dans les cimetières. On est nombreux.  On trouve des mots sur les pierres tombales, des noms, tout un alphabet. Ça ne te suffit pas ça ? Ça te suffira mon chéri, tu pourras construire tous les temples que tu veux avec. Comme on fait avec des brindilles, avec des riens.

lundi 5 juillet 2021

 Où allez-vous ainsi ? De quels pas défilez-vous ? De quelles dérogations souffrez-vous ? Je vous mets à l'index. Armée de travailleurs, fourmis, où se cache votre fourmilière ? N'essayez pas de m'emberlificoter ! Où sont vos papiers camarades, jeunes gens, madame, monsieur, amiral ? Tous à la revue.

Nous procéderons à un examen en règle.. Quel âge avez-vous ? Votre voisin tousse-t-il bien dans son coude ? Avez-vous tenté la surblouse ? Vous entendez un bruit ? Un autre bruit là-derrière ? Avez-vous fait vos réserves ?

Nous ne manquons de rien. respirez. respirez. Voilà, plus doucement. Vous voyez, tout s'arrange. tout finit toujours par s'arranger.

Entendez-vous les chants des oiseaux ? Ils reviennent. Ils sont pressés même. Avez-vous vu les chats ? Ils sont prêts. Aux abois. Ah ah ah ! Les chats sont des chiens cette année, tout s'entremêle.

Pourquoi riez-vous ? On ne rit plus que jaune aujourd'hui. Vous rougissez ? Je vous sens ému derrière votre masque. Pourquoi vous cachez-vous ainsi ? Que fomentez-vous derrière votre barbe ? Je ne sais plus, je ne comprends pas.

Pourquoi tremble-vous ? Qui tremble ? Qui s'annonce ? Qui brandit des drapeaux ? L'un contre l'autre, couleur contre couleur, front contre front. Qui a volé le silence ? Qui l'a instauré ? Parlez, parlez camarades, jouissez, jouissez camarades. reparlez-vous.

Vos mains balbutiantes contre les visages aimés.


Pourquoi des mots à découvert

et le ciel large des matins 

- blanc comme ton âme -

vierge et déjà si plein.

Pourquoi encore vouloir dire 

jusqu'à plus soif

ce qui ne se tarit pas.

Pourquoi l'impuissance des mots et leur force.

Pourquoi la musique qui parle, qui qui parle d'elle-même, qui dira ce qu'elle a à dire.

Jusqu'où la frotteras-tu ?

Quelle est ton écorce inaugurale ? A quels chemins d'encre et de terre mêlés rends-tu hommage toujours ? Quels sont la trace et le sillon, ce qu'il y a à creuser et à creuser encore.

Tu voudrais pouvoir dire, poser tes mains à même le soubresaut, la tectonique des plaques. Tu ne sais ce qui s'enfante. Tu le retiens.


mercredi 5 mai 2021

 Captages rue, objets mail, radio, fil FB - Poitiers 5 mai 2021 fin d'après-midi.

Est-ce qu'on ne passe pas voir Rémi ? Oui mais c'est quand même plus à l'est que Poitiers. Derrière la haie quelqu'un observe, quelqu'un écoute. Hum ça sent bon ici, ça sent l'engrais. Le problème c'est que ça ne pousse pas, ça ne pousse pas. Genre les parents ne vont pas bien et les enfants ...  On y reviendra dans un instant avec Sébastien, sa vie a le goût du possible. C'est parce qu'il est très Français, centralisateur et monarchique. Undelivered mail returned to sender. Affaire sensible, ce soir, je suis émue par tous vos commentaires. Quand j'étais petite, je voulais être princesse Raymonde. Tant que je passe la porte, ça ne va pas.T’imagines Mamie y a un bus qui passe sur les petites briques et après boum il tombe.Confirmation de votre don. Du coup, c'est reversé à une association.  Ben va falloir prendre une décision. Apprendre à se respecter et à respecter l'autre dans sa différenceBonsoir, quelqu'un pourrait me dépanner du liquide vaisselle svp ?  Un de mes chiens a eu un accident. Et voilà le travail, comment dire... Merci France 3 pour ce bel article sur notre CD. Explore the unexpected reopening on May 19.  Avez vous des conseils pour rattraper le dessous de cette poêle ? Créez votre propre petit cabinet de curiosités.


 

Le travail de certains, d’autres, si prenant. pris avec soin, avec sérieux, qui occupe, presque tout, toute la vie, auquel on ne peut déroger, qui mange le temps et les ressources, qui grignote les nuits, auquel on se doit, auquel on se dévoue, dont on voudrait se défaire mais à peine, pas même le temps d’y penser.

Les jours de repos même, on s’active, on enchaine les activités, la vie fourbue.

L’un me dit quand je ne travaille pas, je suis comme mort.

Contre quoi se bat-on ?

 

Le travail de ma fille. Tous les jours levée à 5 h. Du lundi au samedi. l’uniforme d’Intermarché. La grande classe dit-elle. Un jogging ou un pantalon confortable, un tee-shirt Intermarché, une polaire intermarché voire la doudoune du magasin. C’est un travail à uniforme comme il en reste : policier, contrôleur, majorette, dompteur de cirque, M. Loyal, danseuse étoile, chirurgien, infirmière ou assistante dentaire, gars de la DDE en orange. D’autres peut-être. Cuisiniers, serveurs dans quelques endroits surannés, prêtres.

Le travail de ma fille, une fois l’uniforme enfilé, pendant quelques mois être en charge des rayons viennoiseries, lait, œufs. Porter des charges, mettre en rayon, veiller au grain, à la date limite, au désordre , aux étiquettes de prix, aux promotions. Attention aux dates courtes. Faire avec les clients, certains sont fous, se faire draguer et savoir se faire respecter. Aujourd’hui la viande. En plus du reste, gérer les commandes, les réapprovisionnements, jeter les brochettes de viande non vendues parce que m^me si les chefs ne veulent pas l'entendre l'heure n'est pas encore aux barbecues. Avoir mal au dos, aux épaules, à la nuque. Une fois un torticolis méchant. Le soir, dormir tôt.