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mercredi 29 janvier 2020

Mais non je suis pas mort, je te parle. T'as déjà parlé à un mort ? Oui mais tu te souviens de Katy, paix à son âme.  Des fois c'est tellement irrationnel que ça devient rationnel. Pôle emploi je m'en bats les couilles. Non mais pôle emploi, je m'en branle. Ça fait trente ans de régression sociale. C'est clair, moi quand j'étais vraiment dans la merde, je me suis tapé beaucoup plus de filles, quand t'as pas de thunes ce qui les intéresse c'est l'humain.  Là j'apprends plein de nouveaux trucs. T'aimes bien ? Ben oui je me donnes à fond. Même en licence chais pas quoi là, c'est une blague ? 

mercredi 15 janvier 2020

Un arbre creusé à même la pierre
ce que le ressac dessine
à cœur battant.
J'ai gardé dans ma poche ce caillou noir.
Je le regarde en même temps partir à la mer, se heurter au courant, et revenir.
Je parle à ma fille. Je le sais.
Le caillou parle de ça.
Elle est l'arbre, elle se déploie, se dessine.
Ses cheveux dans le vent dévoilent ses yeux noirs, sa bouche rouge.
Elle est la pierre et l'arbre mêlés,
ce qui palpite.
Sur la dalle noire, effacée déjà, la trace des vies d'avant. Des noms, des dates. Sur quelques tombes, un portrait en noir et blanc parfois en couleur, qui tente de saisir l'arrêt du temps, de dire "il a été vivant". Des pots de chrysanthèmes abîmés par la pluie, une tombe recouverte de fleurs fraîches, des épouses de, des ci-gît, des repose en paix. Beaucoup de croix, quelques tombes laïques qui se distinguent. Des stèles modestes et des caveaux de marbre arrogants. Les vivants se fabriquent tout un monde.
J'avance au hasard des allées. Saisie soudain par la beauté d'un carré désaffecté, les pierres tombales moussues, qui semblent prendre corps avec la terre, devenir humus, des oiseaux nombreux, et toute une faune sûrement, invisible pour l'heure. Je me recueille ici, comme dans la lumière sobre d'une église romane.
Je repense au cimetière juif de Prague. À l'émotion qui avait été la nôtre avec Clara. 30 ans ont passé.
Je pense à la seule tombe sur laquelle je dépose des fleurs, des cailloux. La seule tombe auprès de laquelle je viens parler. Je raconte à ma mère tout ce qui bouge, ce qui n'est pas minéral et ce qui s'ancre aussi. La nuit dans mes rêves, elle est toujours vivante. Sa tombe est un galet.

dimanche 5 janvier 2020




Diffraction d'un poème d'Odile Caradec
Je t'écris d'une encre solaire chauffée contre la pierre ocre des falaises.
Je t'écris, comme on nage, nus dans l'eau transparente.
Je t'écris du cœur de la fission nucléaire, de ce qu'il en reste, des traces de poudre jaune que cela a laissé en moi et sur l'asphalte.
La ville entière s'illuminait, se dessinait d'un jour nouveau, tout bruissait. Le sommet des arbres, leurs frondaisons, l'eau à la surface des rivières, l'air irisé.
Je t'écris d'une encre solaire, diffractée. D'une encre vive et pleine, qui frétille. Je m'échappe, tu m'échappes. La vie est une anguille. Sur sa peau des reflets luisants tels des hiéroglyphes.
Je t'écris au sommet des collines. Du printemps. De l'été même.
De la lumière vibrante.
Je ne sais
la nuit,
le jour.
On effleure.
Brûlent les lèvres,
le ciel n'as plus besoin de mots.
Ce sont les lèvres, la forêt, l'écluse
- à heurter chaque fois son corps aux parois -.
Cela n'apaise rien.
On murmure, on résonne.

Raturage d'un extrait de la claire audience de D. Sampiero




Évidemment la forêt n'a pas grand chose à dire.
Elle se retient.
La forêt toute ensemble, dense et frondeuse.
Un arbre nu pourtant
pourrait dire de ses branches noires dressées contre le ciel
le silence retenu des hommes.
On parle peu. On est peu causant.
Peu de mots font usage. Sans fioriture. Sans débordement.
On accompagne les jours ainsi.
De pas plus lents, de gestes maladroits.
On côtoie la décrue du jour.
On n'entre plus dans les années impatient et avide.
On sait que les jours se comptent.

À mon papa