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vendredi 24 mai 2019


Je te laisse j,'ai un autre appel. C'est des poules là ! Je n'ai rien à voir avec vous. Éloigne toi plus. Tu vois je suis pas très loin. Mon beau père est là et celle de Stéphane est là, alors je fais les deux tombes, en même temps. C'est une barrette en tissu mais c'est pas sûr qu'elle l'ait laissée chez vous. Alors j'en connais un. J'allais dire on va laisser ça aux anciens. Je ne sais pas ce que c'est une vraie sieste, moi. Dallas, j'ai pas trop suivi. Ma mère, elle regardait mais elle est morte y a au moins 13 ans. Nous on était au 2e rang à côté de Mme, Mme... Oh je l'ai bouffé. Tu sais, je voudrais qu'on me masse le cerveau de l'intérieur.

mardi 21 mai 2019

Je vous mettrai
ce qu'il faut de blanc
pour qu'il y ait de la lumière.
Une robe de mariée sous un cellophane
une jeune femme qui a perdu ses chaussures
en courant sous l'orage.
Je vous mettrai ce qu'il faut de blanc.
Je ne m'attacherai pas au sombre.
Je peux m'appliquer quand je veux.
J'ouvrirai les volets sur la campagne, j'attraperai le roulis des rivières, les galets ocres sous le soleil.
Je m'avancerai vers la tombe de ma mère. Je ratisserai les graviers blancs. Je regarderai le blanc que mn père a laissé sur la plaque pour mettre son nom quand ce sera son tour.
J'en chercherai du blanc, en veux-tu, en voilà, c'est le printemps.
La neige des cerisiers en fleur, des paquerettes pour faire des colliers. J'attendrai pour les roses de Noël, il est trop tôt.
Je vais mettre du blanc pour que ça tape à l'oeil. Tu vois, je vais me rouler dans le talc, dans la poudre de riz, je serai aussi distinguée qu'une japonaise. Je me promènerai presque nue et oie blanche sous mon ombrelle.
Je jouerai du piano, uniquement les blanches. Vous en vouliez, vous en aurez. Et des nuits blanches aussi. Je vous inviterai. Nous compterons ensemble, ce qui s'insinue et ce qui se défile. Mes nuits sont plus blanches que vos jours. Je vais m'appliquer. Je prétends à l'état de fleur de coton. Tu vois, je ne  serai que ça. Une fleur légère et douce. A peine poura-t on m'enlacer, je me disperserai aux quatre vents. Je ne serai rien. A peine ce qu'il faut de blanc. Un fantôme.


jeudi 11 avril 2019

Photo Isa D - avril 2019

Photo Isa D - avril 2019

Photo Isa D - avril 2019

samedi 6 avril 2019

Je parle une langue. Je parle à l'homme assis. J'attends qu'il comprenne. L'homme assis me regarde. Il ne comprend pas. Pas un traître mot. J'essaie encore. Je m'applique. Je m'égosille, on dirait un oisillon bec ouvert.
L'homme ne cille pas. Ma langue est morte. Elle tombe dans l'oreille d'un sourd. Je m'approche, je le secoue. Je lui parle avec mes mains contre sa peau. Il ne bouge pas. Nous faisons langue morte l'un et l'autre. Je m'évertue encore. Je chante, puis je chuchote. Je réitère. J'attends que l'homme comprenne. Je veux qu'il comprenne, je veux qu'il entende. Qu'il sache ma langue.
L'homme ne sait pas. Ne sait rien. Il cherche l'ombre et le silence. Il ne veut plus de mot semble-t-il. Je vais le gaver comme une oie, il faudra bien que d'une manière ou d'une autre il entende. Je cherche autour, je cherche un entonnoir. Je ne sais pas qui est le plus fou de nous deux. Je ne trouve pas d'entonnoir. Rien dans ce couloir minuscule. Je me transforme en oiseau. Je pépie, je serine, je roucoule, je bats des ailes. Je fais de mon mieux pour parler. Je me dis, je pourrais faire la roue, relever ma huppe, qu'il s'intéresse un peu. Je ne sais pas, je ne sais pas faire le paon, ou la paonne, je manque d'arguments, de couleur. Mes plumes sont petites et blanches encore. Je suis un ange peut-être. Le silence à l'intérieur des mots. La respiration dans la langue. Je suis entre les mots. Entre les mots peut-être qu'il m'entendra. Je me tais. Je n'essaie plus. J'écoute. J'écoute le silence, le silence blanc, jusqu'à l'ivresse.  Je me noie, je me noie peut-être. Des mots à mes tempes  voudraient dire encore. Mais il n'y a plus d'espace pour cela.
L'homme me regarde, il se lève. Il ouvre la porte en grand. Le printemps est immense et doux. Les feuilles à peine ourlées, vert tendre et les fleurs éclatantes des pêchers nous accueillent. Il pose sa main contre ma joue. Soudain je l'entends. J'entends sa langue. Le monde parle.
Je n'ai plus besoin de m'époumonner.
On écrit de cette langue là,
on  lutte contre la dévoration du monde,
on recoud, on tisse à même le ciel la toile,
on sait de nos mots, à bouche fermée, chantante,
mains implorantes, berceuses,
on sait dire
la peau de l'autre,
la nudité.
On fait comme on peut, on est à poil. Sur la crête, l'épine dorsale en feu. On pourrait s'arrêter. On retient les mots qui divergent. On feu d'artifice, on lampionne, on étoile stellaire, on rit en chemin. On en a un stock, un stock de mots. Ils sauront tout dire, dévoiler, confondre. Ils seront la terre, le repos. Nous n'aurons qu'un pays un seul. La langue.
La langue argile et eau. À même le corps. La langue qui pourra dire, qui étreindra, qui s'appuiera contre l'épaule amie.
Qui charriera aussi des pierres aiguisées et des marais à vif, les champs noirs de cendres, l'arbre nu. La langue qui par elle-même, par son chant consolera. Elle dira qui nous sommes. Elle parlera un chant choral et doux, elle sera la main de nos mères, elle dira la beauté et l'ardeur. Ma langue sera lèvres rouges, pulsations. Elle sera au creux des ventres, le désir et la jouissance mêlées.

dimanche 31 mars 2019

On se mettrait dans l'angle,
On glânerait en petite femme châtaigne sautillante
On se dirait déjà le rideau tombe
On attraperait les rires, leur dispersion dans l'air
On demanderait à Paul s'il est bien Paul, on chercherait derrière le costume
On verrait dans la rue passer tous les jours cet homme chauve au noeud papillon et la femme qui parle seule, affairée. On entendrait avant même d'ouvrir les volets l'homme qui tousse en buvant son café. 
On chercherait ce qui est immuable.
On se dirait ma fille est un cheval de feu.
Elle a rangé la peur. 
On chercherait sur les photos où se situer, à qui appartient ce sourire. 
On regarderait son fils, s'envoler. Et battre des ailes comme un papillon. 
On se dirait rien ne change et tout est transformé  
On déposerait sa confiance dans la chaleur d'un autre. On regarderait les pétales de cerisier serrées contre le ciel bleu. 
Au retour bientôt  on verrait le ciel rose entre deux immeubles  On se dirait, je le garde. 
Je garde ca