dimanche 25 septembre 2022

 EN TRAVAIL


Une escapade poétique dans l'indsutrie. Oui c'est possible.
Ouvrage  réalisé avec le photographe Mauju et la comédienne Marina Bouin.

A découvrir en lien sur le site de Mauju.

EN TRAVAIL

mercredi 7 septembre 2022

jeudi 14 avril 2022

Je vous souhaite de ne pas avoir à partir. De partir si vous le souhaitez.

Je vous souhaite de lâcher les chevaux qui dedans s'emballent.

Je vous souhaite de laisser vos agacements aux poules.

Je vous souhaite de n'être obligés à rien et de ne contraindre personne.

Je vous souhaite de dire enfin. A mots justes.

Je vous souhaite des retrouvailles éclatantes même au dernier moment. 

Je vous souhaite la liberté dedans, puissante comme la mer.

Je vous souhaite de comprendre, de prendre dans vos bras. Je nous souhaite l'étreinte.

Je vous souhaite d'être rassérénants, de réconforter vos enfants et d’être rassurés dans la tempête.

Je nous souhaite de savoir que nous ne savons pas.

Je nous souhaite la concorde.

Je nous souhaite de ne pas être trop Miss France avec nos souhaits, je nous souhaite aussi de prendre la colère et les doutes, de les porter, d'en avoir plein la brouette, d'en avoir plein le dos. Et au milieu du fatras trop lourd d'être brûlés encore par ce qui est vivant.

Je vous souhaite de ne plus avoir de souhaits mais de vous réjouir de faire de la pâte à gâteaux et de voir voler les fleurs blanches des cerisiers. Je vous souhaite d'avoir un manteau à enfiler si vous claquez des dents. Et de la lumière sur vos visages.

Je vous souhaite d'ouvrir des boîtes, de réouvrir le ciel. Je vous souhaite de sortir, de laper l'air jusqu'à plus soif.

Je nous souhaite de débattre, de nous débattre, de chercher langue commune. Je souhaite que les ombres sanglantes  ne gagnent pas. Jamais. Je nous souhaite de continuer à être droits de l'hommistes. Je nous souhaite de continuer à être ensemble, à être uniques. Je nous souhaite de la fragilité. Je nous souhaite d'être légers, de ne pas peser, de clapoter au gré de l'eau, au gré du vent.

Je nous souhaite d'écrire encore à encre détachée, arrachée. Je souhaite que nos stylos soient secs. Et qu'ils écrivent encore. Parce que nos mains écrivent. Parce que c'est de la glaise.

Je vous souhaite de commencer et de ne pas finir. Je vous souhaite que cela se révèle, que les négatifs sortent de la chambre noire, que vous les trouviez beaux.

Je vous souhaite un jour de connaître la puissance renversante de la joie, de connaître le jaune à l’intérieur de vous, de ne pas l’oublier.



samedi 19 mars 2022


 

 

Ce jour-là, ce jour si proche, je dis à l’enfant « je ne vois plus les visages ».  « Il  y a peut-être eu des milliers de visages ici » dit-il. « Est-ce possible que les visages s’effacent au lieu de se succéder, qu’ils disparaissent ainsi alors qu’ils s’affichaient hier encore sur tous les murs de la ville, aux fenêtres des rues, et même, souriants, aux terrasses ?".  L’enfant dit « moi aussi je cherche les visages ». Il posa ses mains aux contours de mes joues. Il dit « le tien ne disparaîtra pas » Et je sentais ses mains qui redessinaient ma figure, je sentais qu’il tenait les visages entre ses mains, et qu’au milieu de ce qui s’effaçait, nous pouvions, arrimés l’un à l’autre, retenir les traces.

Son souffle redessinait les lèvres. Ses mains contre mon visage rassemblaient ce qui autour se distendait, les visages-bouches autour de nous veillaient, ils semblaient prêts bientôt à prendre la parole, à reprendre parole. Tous, ils pouvaient parler, nous sentions autour de nous le magma grondant de leurs mots. Une mélopée puissante envahissait l’espace. Les visages-bouches réfugiés dans les caves, les visages-bouches figés par la peur, les visages-bouches écrasés, effrayés, ceux des grand-mères et des enfants, les visages-bouches perdus, aux yeux grand ouverts, aux yeux clos, livides, traqués comme des lapins, errants, héroïques, disparus, les visages-bouches reprenaient forme. Les visages encore entiers des rues et des terrasses se joignirent à nous, nous retrouvions figure commune, nous refaisions langage. Le souffle de l’enfant était le souffle de tous, nous respirions ensemble, le cœur du monde soudain sur la même scansion. Tout se suspendait. Après la mélopée, tous, visages, bouches, mêlés et confondus, nous fîmes enfin silence. Retrouvant un instant la douceur reposante de la paix sur nos visages, nos yeux, nos souffles.

Mais fracas, bombe et cris ont repris les visages. Les yeux et les bouches s’effacent de nouveau. Le silence est criblé de chair et de sang. Nous tanguons, nous perdons faces humaines.

C’est pourquoi je viens chercher l’enfant, son souffle, ses mains contre nos figures. Parce qu’il dit «  je cherche les visages », parce qu’il les voit.

vendredi 11 mars 2022

Captage Gare Montparnasse - 10 mars 2022

La Congolaise elle est partie ? La Congolaise ?  Tu travaillais bien avec une Congolaise. Les toilettes, vous prenez à droite, tout au bout au niveau de la voie 24. Mais tu l'as la gazelle, tu l'as avec toi ? Alors termine d'abord le chantier à Nanterre. Je préfère qu' on fasse le maximum pour clore avant d'aller aux  Lilas. Mais attends, attends, elle est retombée malade ? Ouuuh... C'est quoi ça ? Ouuuuuh ! Mais elle n'est pas du tout sortie, non ? Donc elle n'écoute pas. Mesdames messieurs votre attention s'il vous plaît, suite à un problème d'alimentation électrique, votre départ ne peut avoir lieu voie 2, je répéte le départ ne pourra avoir lieu voie 2. Je vais à Bordeaux. Qu'est ce que vous allez faire à Bordeaux ?  Il dit qu'il faut laisser sa place. Ça c'est un homme mystique. Si tu as besoin d un homme, il faut attendre celui qui va te respecter. Tu l'as le deuxième ? J'ai tous les numéros, les 40. Mais pourquoi il m'a fait ça lui, pourquoi il a touché à mes affaires !? À quelle heure il part le train ? Ouuuuh...