mercredi 10 juillet 2019

Maternité frontalière, hypothétique, entre deux eaux, entre deux terres. De quelle naissance est-on le cri ?
Au tout début, je me souviens.
Au tout début, j'invente.
Ma mère blonde, sa queue de cheval, un sourire qui est le mien. Ma mère blonde, cette petite fille brune aux cheveux collés.Qui ne remplacerait pas. Qu'est ce qui se crée là entre cette jeune femme qui a perdu son premier-né, qui n'a pas pu l'enterrer, qui n'a pas de tombe sur laquelle pleurer et ce nouveau-né. Nous saurons la perte au fond, nous essaierons de contenir, de colmater, nous passerons notre vie à ça, trop longtemps, contenir les failles, préserver, entourer, prendre soin, éviter que ça se défasse. Nous saurons quel était cet attachement, le jour où nous nous effondrerons en pleurs à l'hôpital avant de la quitter et où des heures de route n'endigueront pas le flot. Nous serons cette femme quadragénaire qui pleure des fleuves, des océans, assise à une table de l'aire de la Porte de Corrèze.
Ma fille mate au profil ciselé. Mon émotion devant sa beauté parfaite à la naissance. Juste après avoir pensé que j'allais mourir, que mon cerveau allait disjoncter face à la souffrance de cet accouchement. Quelque chose en moi qui disait "ça va s'éteindre". Et si vite, elle est arrivée.
Comme un cri. La pulsation vive. Décidée.
Lieu de naissance précisé. Lieu de naissance connu. Pour l'une, pour l'autre, pour celle d'avant.
Ce qui se crée là ce jour là, à cet endroit là, la séparation et l'attachement.
Ce que nous continuerons à dire, à tisser, ce qui reste relié. L'envol est fait de ça.