jeudi 10 octobre 2019

Je remets un pied dans la poésie.
Je remets un pied devant l'autre.
Je claudique à peine, la douleur sous le talon chante.
Je cherche mes terrains de cendre. Je suis une terre d'hiver, taiseuse encore. Mais pleine, si pleine.
J'ai laissé les mots sur le bord. Ils attendent. Je les connais.
Je sais comme
ils peuvent soudain m'envelopper
faire musique.

Je suis le blanc des mots,
leur noyau,
ce qu'il en reste. Encore.
La surprise. Quand seul le corps parle.
Traversé.
Mon corps est un ciel de tempête et de joie.
Les mots dedans s'agitent,
se découpent en cotillons si fins.
Ils sont tels de la poudre,
des cendres.
Il n'y a plus rien à en dire.
Le chant du monde est si puissant.

Je suis la voûte céleste,
mon corps nu désirant.
Je suis à l'acmé du monde.
Je ne crains plus rien.

Je ne crains plus rien.
Je redoute.
Je cherche les mots
sous la cendre.
Je ne sais plus ce que j'ai enfoui, ce qui sédimente.
Je suis les alluvions au creux de la rivière.
Je rêve de ma mère la nuit,
elle est vivante.
Je ne suis pas encore passée de l'autre côté.
Je suis au bord de la vallée,
j'ouvre mes yeux contre la face du ciel.
Je n'ai pas peur.

Je suis un cheval qui marche dans les hautes herbes,
qui disparaît soudain, se dérobe à la vue.
J'ai eu le temps d'humer la rosée du matin.
Je sais que les jours suivront. Et qu'ils seront d'eau vive.

Je cherche ma fille. Je regarde comme elle plante un arbre. Au loin. Un abricotier. Autour, des buissons d'épines noirs. Je la regarde avancer, je vois sa beauté puissante, l'éclat de sa robe rouge. Elle repart en arrière. La forêt se dresse entre nous.
Je ne vois plus rien.
Je cherche les mots. Des chacals parlent à mon oreille. Dressés à flanc de colline, leurs yeux jaunes brilleront à la nuit. Ils sont mes chiens de garde. Ils veillent, ils luttent contre l'endormissement, la torpeur.
Je cherche dans le creux de la rivière, au fond, les galets encore noircis. Je sais l'éclat qu'ils prendront à la lumière, leur douceur sous mes doigts.
Ils tiennent dans le creux de ma main.

Bientôt, avant que la nuit tombe, mon cœur, ouvert et distendu, battra contre le ciel rose et feu.