serait se rappeler,
donner le jour,
le cri des enfantements.
Écrire le jour serait chercher les mots,
chercher les mots qui retissent, qui raccrochent.
Parler à ma fille qui s'en va.
La tenir contre mon corps pour dire ce n'est pas fini.
Entendre son bonne nuit comme une douce clôture du jour.
Écrire le jour ce serait le fermer aussi.
En lire les traces sur mon corps, sur nos vies. Combien pèsent nos jours et nos nuits.
Écrire le jour
serait le déplier
peu à peu.
En goûter le chemin, la pente, la traversée, la succession, l'accumulation, la densité. Ce qui est écrit déjà. Ce qui résiste.
Ce qui sédimente.
Écrire les jours à tâtons, à genoux, sans force et sans repli
et puis les jours d'ivresse,
gonflés de désir et de fruits,
les jours d'attente et de laisser-aller
à l'abandon des heures.
Écrire les jours devant, inconnus comme une page ouverte. Dont nous ne savons rien.
Nous regardons autour de nous mon père fatigué vieillissant. Nous disons aujourd'hui, on pourrait compter le temps. Il est là palpable. Il attend et il presse. Nous revoyons ma mère en pleurs dire "je ne savais pas que ce serait si long" .
Les jours sont de la matière molle, nous y plongeons les mains comme dans l'argile. Nous modelons, nous nous enduisons le corps. Nous tentons de retenir.
Ils nous echappent. Bulles de savon éphémères. À peine bougeons nous qu'ils s'en vont.