lundi 9 mars 2020

Le sable court par rafales au-dessus de la plage de Berck, il est beige pailleté et soudain gris profond. La lumière perce à peine, timide, le froid vif gifle nos visages. Les sanatoriums se dressent, majestés surannées, au-dessus de la dune. Des noms claquent. Rothschild. Tu penses à tous ceux qui ont marché là avant. A un petit garçon qui peut-être tenait la main de sa mère et parfois s'échappait. Aux histoires qu'il te raconte, qui ne sont pas les tiennes, qui font famille pourtant. Tu ranges comme dans un cabinet de curiosité un arbre généalogique qui n'est pas le tien., les photos en noir et blanc d'un jeune couple dans une case, un monument au valeureux chef des pompiers dans une autre, ici un-demi frère roublard et une femme kleptomane et là l'histoire terrible de l'adolescent atteint de la rage. Tu marches encore à contre-vent, tu ressembles à un eskimo, il était décidé cette fois que le froid ne te mordrait pas, qu'il ne gagnerait pas la partie. Vous avancez. De l'autre côté de la baie, comme des gisants des veaux de mer que tu devines plus que tu les observes. Ils paraissent immobiles. L'un d'eux pourtant se retourne, d'une lenteur impérieuse. Nous sommes à la veille de Noël et le temps se suspend.