jeudi 11 juillet 2019

C'était donc ce moment là, avant le désordre, les cris. Le moment juste avant quand on n'a pas encore dit les mots qui brûlaient dedans, quand on n'a pas encore allumé la radio, quand on n'a pas encore senti le choc. C'était ce moment là, juste avant.
Entre le moment où on dit elle s'apaise et le moment où quelqu'un, l'un d'entre nous, mon père ose dire "elle est morte".
C'était donc ce moment là, juste avant. Celui qu'il fallait retenir, peut-être, faire durer tout au creux du jour, si l'on avait su, si l'on avait pu, inconscients que nous sommes. De nos vies, de celles des autres, de ce qui se distend, de ce qui va se rompre soudain.
Ce moment juste avant lorsque la surface du lac est lisse encore, lorsqu'on ne sait rien de ce qui gronde. Là dans la lumière de l'été, on pourrait s'asseoir. Poser la tête sur nos genoux, les enlacer, se dire que tout va bien comme ça.