Ce jour là
On dépliera nos genoux comme se relèvent les femmes après la
cérémonie du thé, nous serons prêtes
On accrochera aux balcons des fenêtres des rubans colorés.
Ils voleront joyeux sous le soleil de mai– parce qu’il fera soleil encore.
On fera le tour de nos masques avant d’en choisir un, on
pensera aux femmes obligées de se cacher sous le voile et l’abbaya avant de
sortir, nous reprendrons leurs gestes
On se regardera hésitants dans la rue, presque neufs mais
flottants encore, avions nous bien le droit de sortir, pouvons nous
déjà nous approcher
On retrouvera la boutique de robes de mariée de la rue
voisine, on rêvera sur ces robes années folles, on se demandera où sont les
mariées qui devaient porter ces robes, qu’ont-elles fait de leurs fêtes
On ira marcher le long de la rivière, en nous disant qu’elle
n’a pas de fin, que nous pouvons poursuivre encore. Nous pourrons marcher
jusqu’à épuisement des corps.
On continuera à vivre sur nos îles, père et fille séparés.
On trouvera que 85 ans est un âge doux.
On commencera à rouvrir des boîtes de ce qui serait
possible. 10 personnes à la fois. On ira
doucement pour éviter l’ivresse.
On recommencera à se demander si, à se demander quand, on
reprendra date. On retrouvera nos spectres, intacts et inchangés.
On ouvrira un nouveau cahier, celui du tremblement, de
l’onde sur le lac. Fugitive.